« La compétitivité de demain se construit dans l’économie circulaire »

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Monsieur Dardashti, y a‑t‑il eu, au cours des 12 à 18 derniers mois, un moment où vous avez dû prendre une décision particulièrement importante ? 

Oui, absolument. Nous nous sommes posé une question fondamentale : sera‑t‑il encore suffisant à l’avenir d’être simplement bien positionnés sur le marché, ou devons‑nous faire évoluer notre modèle d’affaires de manière plus systémique ? Notre environnement change en profondeur : les exigences climatiques et réglementaires deviennent plus concrètes, mais aussi plus complexes ; les marchés internationaux se redessinent ; les exigences en matière de transparence augmentent. Tout cela a un impact direct sur notre travail, car les attentes de nos clients évoluent nettement en fonction de leurs propres défis. C’est pourquoi nous faisons évoluer délibérément notre modèle d’affaires de manière systémique. En tant que facilitatrice de l’économie circulaire, la Thommen Group accompagne ses clients dans la fermeture des boucles de matériaux, la récupération des matières premières et la disponibilité fiable de matières premières secondaires. Cela permet à nos clients de réduire les risques dans leurs chaînes d’approvisionnement, de diminuer leurs émissions de CO₂ et de mieux répondre à l’augmentation des exigences réglementaires. Au final, la question est toujours la même : choisit‑on la voie la plus confortable ou ose‑t‑on explorer de nouvelles directions ? Nous avons opté pour la voie la plus exigeante. Mais ce type de décision ne se prend bien sûr pas seul. Le changement ne fonctionne pas par injonction. L’objectif n’est pas de faire triompher une opinion, mais la meilleure idée. C’est ainsi que nous fonctionnons chez Thommen. Nous avançons. 

Comment vos trois marques se différencient‑elles ? 

Nos trois marques remplissent des fonctions différentes au sein d’un même système global. La marque « Thommen » représente en Suisse notre activité classique de recyclage. Elle regroupe notre infrastructure, notre ancrage régional et notre force opérationnelle. Thommen est, comme je le dis souvent, « proche du client » — cette proximité constitue le socle de notre activité. « Metallum » est notre unité commerciale internationale : notre porte d’entrée vers le monde. Metallum combine notre expertise matérielle avec une intelligence fine des marchés mondiaux. Dans un contexte où les flux de matériaux se déplacent à l’échelle internationale et où les matières premières prennent une importance stratégique croissante, ce rôle est déterminant. Quant à « Immark », il s’agit d’un pionnier du recyclage électronique en Suisse. Ce domaine illustre particulièrement bien la complexité du recyclage moderne : appareils de petite taille, assemblages de matériaux complexes et exigences technologiques élevées. Ces entités se différencient volontairement vers l’extérieur, car les clients ont besoin de spécialisation, de proximité et d’un service d’excellence. 

Qu’est‑ce qui relève réellement de la haute technologie et qu’est‑ce qui reste de l’artisanat ? 

Beaucoup de personnes imaginent le recyclage comme un processus purement mécanique : collecter, trier et broyer. Cette vision est trop simpliste. Bien sûr, nous utilisons des capteurs de pointe, des technologies de tri avancées et des systèmes de pilotage basés sur les données. Nous analysons précisément les qualités des matériaux, suivons les flux en temps réel et gérons intelligemment les risques de prix. Nous relions les flux physiques des matériaux aux informations numériques : qualité, empreinte CO₂, prix du marché et demande. C’est de la haute technologie. Mais tout aussi important est ce qui ne peut pas être numérisé. Le recyclage est et reste un métier artisanal. Chaque lot de métal est différent, chaque livraison a ses particularités. Nos collaborateurs reconnaissent, grâce à leur expérience et à leur œil exercé, ce que les machines ne peuvent pas voir. 

Comment cela se manifeste‑t‑il concrètement ? 

Nos équipes savent comment les matériaux réagissent, comment ils peuvent être transformés et où se situent les risques. C’est cette combinaison qui fait la différence. La technologie renforce les compétences — elle ne les remplace pas. Je suis convaincu que notre secteur contribue chaque jour de manière très concrète à la transition climatique de notre économie et, par conséquent, de notre société. Ce que beaucoup sous‑estiment : sans ce travail, une économie à la fois respectueuse du climat et compétitive ne pourrait pas fonctionner. Des métaux comme l’aluminium ou le cuivre sont des piliers essentiels de la transition énergétique. Les maintenir dans le cycle permet d’économiser d’énormes quantités d’énergie et de CO₂. Nous faisons partie d’une infrastructure qui organise les boucles industrielles. Ainsi, nous réduisons les émissions de CO₂ et aidons également nos clients à concevoir dès le départ des produits plus circulaires. Car l’économie circulaire ne commence pas au recyclage, mais dès la conception des produits. J’assume cette mission comme une responsabilité majeure. 

Que mesure réellement un CEO ? Quelles sont, selon vous, les données clés déterminantes ? 

Bien sûr, je surveille quotidiennement notre performance. Les indicateurs financiers font partie intégrante de la responsabilité d’un CEO. Mais mon regard sur les chiffres est façonné par mon parcours opérationnel. Pour moi, ce n’est pas un indicateur isolé qui compte, mais l’interaction de nombreux éléments : indicateurs opérationnels, données de marché et de vente, disponibilité des matériaux, immobilisation du capital ou évolution des marges. Ce n’est qu’ensemble qu’ils forment une image globale. Les chiffres ne sont pas une fin en soi ; ils servent à confronter la réalité des opérations sur le terrain.

Quelle innovation a suscité la plus forte résistance en interne ? Comment abordez-vous les expérimentations ? 

Le changement le plus profond n’a été déclenché ni par une nouvelle machine ni par un nouveau produit. Il concernait notre manière de piloter l’entreprise. Lorsqu’une entreprise atteint une certaine taille, il devient essentiel d’avoir une vision claire de ce qui se passe réellement – sur les marchés, dans les sites de production et dans les flux de matières. L’esprit d’entreprise fait partie de notre ADN, mais je suis convaincu que des structures et des processus clairs ne doivent pas, et ne devraient pas, être perçus comme une contrainte. Au contraire, ils peuvent créer de l’espace et de la clarté pour les idées entrepreneuriales. Aujourd’hui, beaucoup de mes collègues en voient la valeur ajoutée : plus de transparence, des décisions plus stables et une compréhension commune de l’endroit où nous créons réellement de la valeur. J’apprécie particulièrement lorsque des collaboratrices ou collaborateurs viennent me voir en disant : « J’ai une idée. J’aimerais la tester. » C’est exactement cette énergie dont nous avons besoin. L’expérimentation en fait partie. L’échec en fait partie. L’apprentissage en fait partie. L’essentiel est simplement qu’une expérimentation ait un sens clair et contribue à un objectif concret.

On ne peut pas éviter le thème de la “réglementation”. Est-elle plutôt un frein ou une opportunité ? 

Dans l’économie circulaire en particulier, il faut des règles du jeu claires pour que les solutions durables puissent aussi s’imposer économiquement. Un bon exemple est le recyclage des appareils électroniques : en Suisse, l’élimination est financée par une taxe de recyclage anticipée, payée lors de l’achat de l’appareil. Quiconque achète un téléviseur ou un ordinateur portable paie automatiquement pour sa reprise ultérieure. Cela crée un système simple et efficace, avec des taux de collecte élevés. De telles solutions montrent qu’il ne faut pas nécessairement plus de réglementation, mais le bon cadre. Un deuxième levier important réside dans les marchés publics. Lorsque l’État prend en compte, par exemple dans des projets d’infrastructure, des matériaux de construction circulaires ou à faibles émissions de CO₂, il crée immédiatement une demande et offre à l’industrie une sécurité de planification. Des instruments tels qu’un prix du CO₂ plus élevé, un indice de réparabilité ou des accords sectoriels volontaires peuvent également contribuer à rendre les circuits plus attractifs sur le plan économique. En Europe, les métaux sont de plus en plus considérés comme des matières premières stratégiques, alors que leurs chaînes d’approvisionnement sont encore souvent traitées, d’un point de vue réglementaire, comme des processus de déchets. Il en résulte un champ de tensions : d’une part, les métaux sont considérés comme essentiels pour l’industrie, la transition énergétique et la sécurité de l’approvisionnement. D’autre part, ils doivent encore surmonter de nombreux obstacles bureaucratiques dans la chaîne d’approvisionnement, comme s’il s’agissait de déchets plutôt que de produits intermédiaires industriels.

Comment ce champ de tensions peut-il être résolu ? 

Il est toujours essentiel que la réglementation ne conduise pas à une surréglementation et, par conséquent, à un désavantage concurrentiel. C’est pourquoi nous nous engageons également au sein d’associations sectorielles telles que Recycling Schweiz ou swisscleantech, afin de contribuer à façonner des conditions-cadres à la fois efficaces et praticables. Car une économie respectueuse du climat et en même temps compétitive ne peut voir le jour que si la politique et l’économie permettent ensemble des circuits fonctionnels.

Comment concevez-vous le leadership de demain ? Comment attirez-vous les meilleurs talents ? 

Peut-être devrions-nous d’abord clarifier ce que nous entendons par « meilleurs talents ». Notre ambition est de créer un environnement dans lequel les personnes peuvent développer leur potentiel et participer activement à la construction de l’entreprise. Donner une orientation, lever les obstacles et créer de l’espace pour que les individus puissent grandir – telle est la mission centrale d’un dirigeant. Il est essentiel de placer les bonnes personnes dans les bons rôles. Lorsque nous prenons soin des personnes, celles-ci prennent soin de l’organisation. Le leadership requiert aujourd’hui une nouvelle conscience : moins d’ego, plus de présence. Moins de réaction, plus de clarté. Dans un monde complexe, ce n’est pas seulement le savoir qui compte. Le savoir est disponible. Ce qui est décisif, c’est la capacité à reconnaître des schémas, à supporter les tensions et à agir de manière consciente. Je prends mon rôle au sérieux – mais pas moi-même trop au sérieux. En fin de compte, il s’agit de construire ensemble quelque chose de plus grand qu’une seule personne.

Élimination et recyclage : nous vous conseillons volontiers de manière personnalisée

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